Que se passe-t-il pour les maréchaux-ferrants en Angleterre ?
Ce que dit vraiment le projet de réforme vétérinaire britannique (et pourquoi il fait réagir)
Depuis quelques jours, une information circule dans le monde du cheval : le Royaume-Uni a lancé une consultation officielle pour réformer sa loi vétérinaire, en vigueur depuis plusieurs décennies.
Cette réforme ne concerne pas uniquement les vétérinaires. Elle touche l’ensemble des professionnels intervenant sur les animaux, dont les maréchaux-ferrants et, potentiellement, les pareurs.
À l’heure actuelle chez les collègues britannique, le document vient de sortir, beaucoup ne l’ont pas encore lu en détail et les discussions commencent à peine.
Toutefois je vous propose une lecture factuelle : ce que prévoit le texte et comment ces pistes sont perçues par les maréchaux anglais.
Pourquoi le Royaume-Uni réforme sa loi vétérinaire
Le document de réforme part d’un constat simple :
le monde du soin animal a profondément changé, mais le cadre légal ne l’a pas suivi.
Aujourd’hui, autour du cheval, on ne trouve plus seulement :
- le vétérinaire,
- le maréchal-ferrant.
On trouve aussi :
- des infirmiers vétérinaires,
- des professionnels « associés »,
- des intervenants du pied se revendiquant pareurs ou podologues,
- des structures commerciales de plus en plus importantes.
Pour les autorités britanniques, cette évolution crée de la confusion pour les propriétaires, des zones de non-droits et des situations risquées pour les animaux comme pour les professionnels.
👉 L’objectif affiché de la réforme est donc de moderniser, clarifier et sécuriser.
Ce que le texte propose concrètement
1. Une nouvelle définition des « actes vétérinaires »
Le projet de réforme prévoit de redéfinir clairement ce qui constitue un acte vétérinaire.
Sont notamment visés :
- le diagnostic,
- les décisions basées sur un diagnostic,
- le traitement des pathologies,
- les actes ayant une finalité thérapeutique.
Ce point est central, car il vise à mettre fin aux zones grises entre entretien, prévention et soin.
Pour le pied du cheval, cela signifie que l’intention de l’acte (entretien ou traitement) devient centrale.
À ce stade, l’inquiétude porte moins sur le principe que sur son application.
2. Une licence d’exercice pour tous les professionnels du soin animal
Le texte propose la mise en place d’un système de “licence to practise” (licence d’exercice).
À terme :
- toute personne réalisant des actes relevant du soin animal devra être licenciée,
- ou bénéficier d’une exemption clairement définie,
- avec la possibilité de licences temporaires.
Cette licence :
- serait renouvelable,
- pourrait être conditionnelle,
- et pourrait être retirée ou suspendue en cas de problème.
👉 Le texte insiste sur une logique de responsabilité plutôt que de simple appartenance à un métier.
Parmi les points d’inquiétude on retrouve notamment le coût de cette licence : le coût du droit d’exercer.
Aujourd’hui , un vétérinaire paie environ 350£ par an pour être enregistrer. Un maréchal-ferrant, surtout s’il est formateur peut payer jusqu’à 600£ par an.
3. La maréchalerie intégrée à une « équipe vétérinaire élargie »
La reforme insiste sur un point : le soin animal repose désormais sur une équipe pluriprofessionnelle.
La réforme prévoit donc :
- une reconnaissance officielle des professions associées,
- avec des rôles définis,
- des compétences identifiées,
- et un cadre réglementaire commun.
C’est dans ce contexte que la maréchalerie est clairement identifiée comme une profession centrale, notamment pour la locomotion et la prévention.
La question reste : avec quelle représentation réelle des maréchaux dans les instances décisionnelles ?
4. Le sujet sensible du parage et des pareurs
Même si le texte ne tranche pas encore définitivement, il ouvre clairement la porte à :
- un encadrement formel des personnes pratiquant le parage sans ferrure,
- via un registre,
- une obligation d’inscription,
- et probablement des exigences de formation.
L’objectif affiché n’est pas d’interdire, mais de :
- clarifier les compétences,
- protéger les animaux,
- sécuriser les propriétaires,
- responsabiliser les intervenants.
👉 Pour beaucoup de maréchaux britanniques, c’est l’un des points les plus structurants et les plus débattus.
5. Un nouveau modèle disciplinaire
La réforme prévoit également de revoir :
- une évolution du système disciplinaire,
- une approche plus préventive que punitive,
- et une révision globale de la gouvernance.
Cela pourrait modifier le rôle et le fonctionnement des instances actuelles de la maréchalerie britannique.
La place du Farriers Registration Council dans la gestion des examen, le pouvoir de sanction et de rtrait de licence par exemple questionne.
6. Une consultation ouverte jusqu’au 25 mars
Point essentiel : il s’agit d’une consultation, rien n’est encore décidé.
Le gouvernement britannique a ouvert une consultation publique jusqu’au 25 mars, invitant :
- les vétérinaires,
- les maréchaux-ferrants,
- les organisations professionnelles,
- et les parties prenantes,
à donner leur avis.
Sur le terrain, les maréchaux reconnaissent que le document est dense, il suscite des inquiétudes, mais il ouvre aussi des perspectives positives.
Quel rapport avec La France ?
En France, le contexte est différent, mais la logique se rejoint.
Un récent arrêt de la Cour de cassation a rappelé les limites légales concernant les actes de soin du pied du cheval.
Sans revenir sur le détail (déjà largement expliqué), ce cheminement a eu un effet visible :
- remise en question des pratiques,
- clarification des rôles,
- une réflexion sur l’évolution des parcours de formation,
- et une meilleure lisibilité pour les propriétaires.
👉 Là où le Royaume-Uni anticipe par la réforme, la France avance par le droit et la jurisprudence.
En conclusion
Ce qui se passe aujourd’hui en Angleterre n’est ni une décision brutale, ni un modèle figé.
C’est une tentative de remise en cohérence, dans un contexte où les pratiques se sont diversifiées plus vite que le droit.
La maréchalerie n’est pas mise à l’écart dans ce débat.
Elle est au contraire reconnue comme un acteur central, à condition que les rôles, les compétences et les responsabilités soient clairement définis.
En France, comme en Angleterre, la question reste la même : comment encadrer sans bloquer, et protéger sans exclure ?
